Hôtel particulier

Hôtel particulier

Guillaume Sorel

Casterman

  • 11 septembre 2013

    Chronique

    Ce n’est sans doute pas un hasard si ce livre partage le même titre qu’une chanson de Serge Gainsbourg qui se termine ainsi :

    Entre ces esclaves nus taillés dans l’ébène / Qui seront les témoins muets de cette scène / Tandis que là-haut un miroir nous réfléchit,/ Lentement j’enlace Melody.

    L’héroïne se nomme ici Émilie mais les points communs ne manquent pas entre les paroles de la chanson et la bande dessinée : l’érotisme, le mystère et certains éléments contribuant à créer l’un et l’autre, notamment le miroir.

    Tandis que s’égrènent les vers de Rimbaud consacrés à la pâle figure d’Ophélie, les premières cases nous montrent la jeune femme terminer une lecture, chercher à tromper son ennui (ce mortel ennui, autre chanson de Gainsbourg), gagner la salle d’eau, ouvrir sa fenêtre au souffle glacial de l’hiver avant de se plonger dans un bain fatal.

    Seul témoin de la scène (avec le lecteur qui partage son statut de voyeur), un chat qui ne restera pas muet. Car on ne tarde pas à découvrir la veine fantastique du récit, quand Émilie réapparaît sous une forme spectrale capable de traverser les murs, de flotter dans les airs et de converser avec les chats mateurs.

    Il faut dire que le cadre de l’action est effectivement particulier, un immeuble peuplé d’êtres et d’objets étranges. On y retrouve des archétypes du genre fantastique comme la vieille sorcière, des enfants en contact avec le Mal, un artiste tourmenté dont le seul bien est un miroir magique. Plus étonnant, ce bon vivant bedonnant qui cumule les péchés de chair et de gourmandise, et a le pouvoir enviable de convier à ces agapes libertines des personnages issus des chefs-d’œuvre de la littérature – ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes de voisinage.

    Littéraire, cette bande dessinée l’est particulièrement. Les références abondent au fil du récit, dans un univers oscillant entre mélancolie plus ou moins douce et horreur crue, parfois traversé de brefs moments de volupté. Les planches sont souvent très belles, s’appuyant sur un dessin réaliste traité au lavis. Quant à l’histoire, sans en dévoiler la fin, disons seulement qu’elle voit s’accomplir l’union d’Éros et de Thanatos…


  • 16 juillet 2013

    Conversation avec un fantôme

    **Une BD qui commence par le suicide d’une très belle jeune femme dans sa baignoire ? Pas très folichon me direz-vous ! Pourtant, le lavis parfaitement maîtrisé de Guillaume Sorel et les textes des auteurs cités dans l’album (ndlr : Arthur Rimbaud, Lewis Caroll, Alexandre Pouchkine, Charles Baudelaire et Ono No Komachi) font que le lecteur persévère et suit, avec délectation, le dialogue qui se met en place entre le fantôme (ou l’âme) de la morte et un chat, seul être vivant capable de la voir. Avec eux, il pénètre dans l’immeuble de la disparue et découvre ses locataires : Mathilde, une petite fille volatilisée de manière inexplicable, que ses parents recherchent désespérément ; un couple illégitime qui vit une passion charnelle sous l’œil un brin pervers du mari trompé ; un passionné de littérature qui s’empiffre de victuailles et organise des fêtes avec des personnages tout droit sortis d’ouvrages de sa bibliothèque ; un jeune peintre miséreux pour lequel la défunte éprouve une attirance certaine ; une vieille sorcière qui pue, déteste tout le monde et prépare, dès le matin, un pot-au-feu qui sent le moisi et la vinasse... Un monde, vous l’aurez compris, où l’imaginaire de chacun joue un rôle prépondérant. Un monde fantastique, particulier, érotique et intemporel, à déguster lentement, histoire de profiter de sa saveur jusqu’à la fin.**

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