Illettré

Cécile Ladjali

Actes Sud

  • 30 janvier 2017

    Léo, 20 ans, ne sait ni lire ni écrire. Et il en a honte. C'est son histoire que raconte Cécile Ladjali, dans le roman "Illettré". Un livre sur l'illettrisme, sur ces hommes et ces femmes coupés des mots, et donc du monde. L'on découvre ici les conséquences intimes d'un tel handicap. Intelligent, curieux, un peu poète, Léo ne sait comment séduire, comment dire l'amour à sa voisine... Une humiliation qui l'entrave, lui qui a tant à exprimer.


  • Conseillé par (Libraire)
    10 mars 2016

    Bouleversant !

    Incroyablement troublant, attendrissant, bouleversant, tragique...
    Léo est illettré, pas d'école maternelle, passage en primaire catastrophique, inconscience des enseignants : échec total. Seule lui reste son excellente mémoire auditive. A 13 ans, il quitte le collège. C'est dans son immeuble qu'il trouvera un certain réconfort : la concierge avec son grand coeur et surtout Sybille, l'infirmière; elle le soigne ( 2 doigts coupés pour n'avoir pas su lire un panneau), elle le comprend...mais son illettrisme lui fait trop honte...


  • Conseillé par
    21 janvier 2016

    Léo ne peut pas « lire un courrier, lire les pancartes à l’usine ce qui lui éviterait de passer sous un rouleur compresseur, (..), faire ses courses sans acheter toujours la même chose en raison des prix sur les emballages (rien que le problèmes des nombres à virgule cette fois (…), lire le nom des stations de métro, lire le nom des rues, (..)» et la liste continue.
    A vingt ans, il est illettré. De sa cité à la porte de Saint-Ouen pour se rendre à l’imprimerie où il travaille, il connaît par coeur le chemin. Il a eu une enfance chaotique : ses parents ont disparu alors qu’il avait six ans, sa grand-mère analphabète aimante, protectrice a pris le relais et l’a maintenu dans l’ignorance. Grâce sa mémoire auditive, cet enfant calme a pu passer d’une classe à l’autre mais au collège, tout est devenu trop compliqué. Impossible de faire comme si. Déscolarisé à treize ans (l’école de la République a fermé les yeux) puis le travail à seize ans.
    Peu à peu, les mots se sont effacés pour devenir des barrières infranchissables. A cause de son handicap qui ne se voit pas, il en a acquis un autre à l’usine : deux doigts amputés. Sibylle l’infirmière venue le soigner a compris la honte profonde de Léo et l’aide en lui donnant des cours. Il peuple ses nuits, elle est en amoureuse. Léo veut réapprendre ce que sa mémoire a enfoui dans un coin mais il y a la peur « l’intuition soudaine que mémoire et conscience de soi dépendent en grande partie de la capacité qu’ont les gens à dire et à écrire qui ils sont lui flanque le vertige ». Epris de Sibylle, il aimerait tant lui écrire et il entame des cours pour adultes.
    On pourrait imaginer une belle suite et un Léo fier de sa réussite. Il n’en sera rien.

    Quand je lis, plusieurs paramètres entrent en compte. J’ai été touchée par la personnalité Léo : sa sensibilité, sa bienveillance et également par des passages absolument magnifiques car l’écriture de Cécile Ladajli est poétique. Mais il y aussi l’histoire et sa crédibilité ( je ne pense pas qu’à l’heure actuelle un enfant puisse entrer au collège sans certaines bases). De plus, j’ai eu l’impression que l’auteure alourdissait vraiment de trop le parcours de Léo. Un roman assez sombre, une fin affreusement horrible et un avis mitigé.